Impératrice, quand une femme a régné sur l’Empire du Milieu

Je reviens avec une lecture achevée il doit y avoir deux semaines*, lecture qui m’a laissé quelques paillettes dans les yeux et un peu de tournis je dois te l’avouer.

*Des mois au moment où tu liras ce billet, hahaha !
 
C’est complètement par hasard que je suis tombée la critique d’un autre roman de l’auteur, « La Joueuse de Go » pour le citer, par Tara du blog Le grand bond (je t’en parlais déjà dans mes petits bonheurs, preuve que ce bouquin m’a soufflée) et qu’en la lisant, je suis tombée sur le titre évocateur :
 

Impératrice de Shan Sa.

 

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Normalement je suis plus (bien plus) fan du Japon que de la Chine mais je ne suis pas sectaire et puis l’histoire d’une femme ayant régné en tant qu’Empereur, fils du Ciel, en l’an 690 (ou dans ces eaux là) (690-705, merci Wiki !), et même pas derrière le rideau, avoue que ça claque non ?
 
 
Résumé (de l’éditeur) :

Elle est née dans la fabuleuse dynastie Tang du VIIe siècle.
Elle a grandi au bord du fleuve Long, où elle apprenait à dompter les chevaux.
Elle est entrée au gynécée impérial où vivaient dix mille concubines.
Elle a connu les meurtres, les complots, les trahisons.
Elle est devenue impératrice de Chine.
Elle a connu la guerre, la famine, l’épidémie.
Elle a porté la civilisation chinoise à son apogée.
Elle a vécu entourée de poétesses, de calligraphes, de philosophes.
Elle a régné sur le plus vaste empire sous le ciel, dans le plus beau palais du monde.
Elle est devenue l’Empereur-Sacré-Qui-Fait-Tourner-La-Roue-d’Or.

Son nom a été outragé, son histoire déformée, sa mémoire effacée. Les hommes se sont vengés d’une femme qui avait osé devenir empereur.
Pour la première fois depuis treize siècles, elle ouvre les portes de sa Cité interdite.

 

Mon avis :


 
Ce roman, je crois que je l’ai détesté autant que je l’ai adoré. Parmi la pile de tout ceux reçus ce jour là, dès que je l’ai vu, j’ai su que ce serait lui que j’allais lire. Et une fois que je l’ai eu entre les mains, il a été difficile de me faire lâcher prise.

D’ailleurs toutes les nuits durant ma lecture, je me retrouvais coincée (en rêves, hein, quand même) dans ce monde de femmes, au milieu du gynécée, et je revoyais Lumière et ses compagnes, ainsi que ses ministres et tout ce que j’avais pu lire au cours de la journée. C’était à la fois beau, agréable et très troublant.
 

La première chose qui m’a frappée, c’est l’écriture. C’est très poétique (à défaut d’être fluide, par moments, pour exemple le cortège qui dure 5 pages et qui détaille les grades et habillements de chaque participant, un peu longuet…) et vraiment très joli.
 

 
Cette écriture particulière m’a vraiment poussée à ralentir, à prendre le temps d’apprécier chaque mot, chaque description. C’était assez surprenant car parfois, j’avais l’impression de lire 20 pages et quand je relevais le nez du récit et vérifiait, je n’en avais en réalité lu que… 2 ou 3.
 

Au final, il m’aura fallu 5 jours pour le lire, une éternité pour la dévoreuse de livres que je suis. Mais je n’aurais pas pu faire autrement sans manquer le plus important, car les faits et les actions sont vraiment mélangés aux instants de contemplation.
 

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D’ailleurs, la contemplation a vraiment une place immense dans cette histoire. Il fait plus de 400 pages et, bien qu’il suive toute la vie de Lumière, je trouve qu’il n’a en réalité jamais fait plus qu’effleurer sa personnalité. Pourtant le récit et conté à la première personne, mais Lumière garde précieusement ses aspirations et ses pensées pour elle.

Se présentant comme complètement dévouée à l’Empire, elle est tour à tour aimante, glaciale, douce, ferme, arrangeante ou terriblement dure. C’est une femme aux multiples facettes. Mais au delà de ce « dévouement », tout au long de ma lecture, je me suis demandée si elle n’avait pas tout calculé. L’aurait-elle pu ?
 

La partie qui m’a le plus malmenée dans ce récit, c’est la manière dont elle voit son corps, dont elle ressent la vieillesse (très tôt, dès ses quarante ans elle se voit comme une vieille dame). Ca m’a bouleversée profondément, même si je n’ai pas du tout la même vision de mon corps et de mon âge, je n’ai pas réussi à me délier d’elle et j’en ai gardé un petit moment un profond désespoir du temps qui passe.

(Heureusement il s’en va hein, vade retro vendeurs de crèmes anti-rides !)
 

Après avoir refermé le roman, je suis allée sur Wikipédia pour en apprendre plus sur elle. Difficile de démêler le vrai du faux, elle n’est pas née d’hier et les historiens ont très bien pu malmener son histoire simplement pour la punir d’avoir été une femme prenant le pouvoir. Je doute cependant que tout ce que l’auteur détaille soit la vérité vraie. (Du genre les signes divins sous forme de dragons, d’empreintes de griffon et pour finir, une pierre retrouvée par hasard dans la rivière et qui aurait prédit l’arrivée d’une femme au pouvoir… Ca en fait beaucoup !).
 
 

Est-ce que j’ai aimé ?

Question très compliquée au vu de tout ce que ce livre m’a fait ressentir ! Oui, j’ai aimé l’histoire, l’écriture, l’univers (impitoya-a-bleuh) du gynécée. J’ai aimé prendre le temps, et me perdre au fil des descriptions.
Mais même si durant les premiers chapitres j’ai beaucoup aimé Lumière, j’ai eu trop de mal à la comprendre que pour continuer à l’apprécier.
Et j’ai fini le roman avec quelques difficultés (et l’envie de passer à autre chose, pour tranquilliser mes nuits), même si mes yeux et mes doigts refusaient de se décoller des pages.
 
 

Et toi, prêt.e à suivre Lumière (Wu Zetian de son vrai nom, merci wiki bis !) au cœur de la Cité Interdite ?
 
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Impératrice de Shan Sa, éditions Le Livre de Poche, 443 pages, 7.60€

2 Comments

  1. Pareil pour moi, j’ai adoré autant que j’ai détesté 🙂
    Il faut savoir que Shan Sa romance énormément l’Histoire dans ses écrits et donc tout n’est pas fiable à 100%. On a notamment quelques indices à travers des ouvrages d’historiens chinois.
    Malheureusement comme beaucoup de femmes dirigeantes, son histoire a été effacée, le plus possible (un peu comme pour Hatschepsout) et donc très peu nous est parvenu aujourd’hui.
    La page Wikipédia de Wu Zetian est plus complète en anglais par contre.

    1. Fugu Fugu

      Ah j’irai lire la page anglaise alors ! 🙂

      C’est ça, l’Histoire (ou plutôt les hommes qui l’ont écrite) n’a jamais trop aimé les femmes de pouvoir… Il n’aurait plus manqué qu’elles donnent des idées aux autres. 😀

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