Que pourrais-je te dire, Maman ?

pluie
 

Que pourrais-je te dire, Maman? Toi qui n’a aucunement envie d’en savoir d’avantage sur moi ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Quand mes appels ne sont qu’une formalité à laquelle nous nous plions toutes deux, par convenance pour tes principes.
 

Que pourrais je te dire, Maman ? Alors que ma vie, tu t’en fiches encore plus que de celle de la voisine ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Alors que mon caractère est lui même forgé sur l’autel de ta déception.
 

Que pourrais je te dire, Maman ? Alors que le moindre de mes mots est interprété et rendu impropre, imparfait par rapport aux mêmes de mes soeurs ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Alors que quoi que je fasse, une autre de tes filles l’a déjà fait, en tellement mieux ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Alors que mon choix de vie, mon choix de carrière, est déjà pour toi une insolence à l’état pur ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Moi qui te déçois d’avoir envie d’être heureuse, alors que tu ne souhaitais pour moi que la vie que toi tu as vécue.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Moi qui ne suis qu’une égoïste à la vie si différente de la tienne, et de mes soeurs.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Toi qui ne connait de moi que l’image que j’ose te donner ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? A toi dont le jugement me fait si peur, si j’osais seulement te montrer qui je suis vraiment ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Quand ta violence me remue les entrailles alors qu’elle est pourtant si douce à l’oreille.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Moi, ta fille imparfaite, ton semblant de fille, celle qui n’est que l’ombre des autres.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Moi qui ne souhaitais que briller normalement dans les yeux de sa mère, mais qui n’a fait que la décevoir par sa simple présence dans ta vie ?
 

Que pourrais-je te dire Maman ? Moi dont les actions sont toujours insuffisantes, contraires à tes attentes, décevantes.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Que pourrais-je dire qui ne soit pas pris pour une insulte, une agression, un jugement à ton encontre ?
 

Que pourrais-je te dire, Maman ? Moi dont les « je t’aime » se font un peu plus dissolus à chaque fois, en réponse aux tiens, énoncés comme des ponctuations en fin d’appel. Qui ne contiennent aucune vie, aucune implication.
 

Que pourrais-je te dire, Maman ?
 

Un jour Maman, je ne me poserai plus la question. Je ne t’appellerai plus. Et je sais pour l’avoir déjà vécu que jamais tu ne chercheras à m’appeler.
 

Un jour Maman, je regretterai surement tout ça. Quand je me retrouverai face à mes soeurs, qui me demanderont « alors, quoi de neuf ? » par pure politesse froide envers l’étrangère que je serai devenue. Quand mes larmes couleront alors que ton cercueil sera emporté vers l’incinérateur. Quand les autres se diront alors que je devrais avoir honte de faire semblant d’avoir mal après t’avoir fait subir mon silence.
 

Un jour Maman, je me dirai que j’aurais du tout te dire. Et je regretterai de ne pas l’avoir fait.
 

Même si je le sais déjà, au fond de moi, que ça n’aurait rien changé du tout.
 

5 Comments

  1. si tu le lâches ici, c’est que c’est lourd à porter. tu as plusieurs options : rester comme ça, et vivre avec. ou tenter de lui dire tout ça. si j’ai bien compris votre relation n’est pas très satisfaisante. Qu’est ce que tu risques en lui en parlant ? Que ça s’aggrave ? mais y a t il quelque chose à aggraver ? Et si tu lui faisais lire ce texte ? au pire comme tu dis, vous n’aurez plus de contact.. Tu lui épargnes toutes tes pensées, pourquoi ? pour ne pas la déranger ? Et pourtant toi, tu vis avec ces cailloux dans le sac a dos….

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